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Point Macro-économique avec François Duhen - 4ème trimestre 2022

Le paysage financier aura été jalonné par les prises de parole des banques centrales au cours de ce dernier trimestre de l’année pour le moins mouvementé. Si le rythme des hausses de taux directeurs a été ralenti comme attendu compte tenu d’un pic d’inflation très probablement dépassé, leur communication reste néanmoins prudente, insistant sur la nécessité de maintenir une politique restrictive pour ramener l’inflation à la cible de 2%. Dans ce contexte, les taux souverains mondiaux se sont une nouvelle fois envolés en fin d’année sans pour autant empêcher les indices actions de progresser, portés notamment par la réouverture de la Chine et de son économie.

En zone euro, la BCE a ainsi ralenti le rythme de son resserrement monétaire, passant d’une hausse de +75 pb de ses taux directeurs en octobre à +50 pb à la dernière réunion de décembre, tout en réaffirmant sa volonté de maintenir une politique durablement restrictive en 2023 afin de juguler les effets de second tour et éviter une boucle prix-salaires. Attendu de longue date, le quantitative tightening (i.e. réduction de la taille du bilan) a également été annoncé bien que son rythme initial sera relativement lent. De ce fait, les taux souverains du vieux Continent ont fortement accéléré (+39 pb pour le taux à 10 ans allemand et +32 pb pour le français), bien aidés également par la remonté de l’euro (+9%) face au dollar. Notons à l’inverse la baisse des taux britanniques (-39 pb) due à la dissipation du risque politique après la démission de Liz Truss. En dépit du ton ferme de C. Lagarde, le mouvement d’aversion au risque a été très limité, comme en témoignent le resserrement de l’iTraxx crossover (-182 pb sur l’ensemble du trimestre) et la bonne tenue des marchés d’actions, le Stoxx Europe 600 affichant une performance de plus de 10% sur la période. Au-delà du facteur de soutien chinois (cf. infra), les bons résultats des entreprises en cette fin d’année ont également été un catalyseur positif tandis que les gouvernements européens multiplient les aides pour contenir l’impact de la crise énergétique. Ce dernier élément explique en grande partie la résilience de l’activité économique sur le vieux-continent mais contribue aussi à entretenir les pressions inflationnistes.

Aux Etats-Unis, le ralentissement des prix est bien plus marqué qu’en Europe, ce qui a incité le président de la Fed à adopter un message un cran moins restrictif. Cela s’est notamment reflété dans la stabilité des taux souverains américains (+1 pb pour l’échéance à 10 ans) sans pour autant que les indices actions ne surperforment leurs pairs européens (+7,3% pour le S&P 500). En effet, les entreprises technologiques peinent toujours à s’attirer les faveurs des investisseurs, à l’image de la sous-performance de l’indice Nasdaq (-1%). Après des mois de hausse, ce trimestre marque également le début d’un mouvement de baisse du dollar face à toutes devises (indice global DXY à -7%).

En Chine, la montée en puissance des protestations de la population a finalement conduit les autorités à relâcher les contraintes sanitaires et engagé une réouverture du pays et de son économie. La fin de la politique de « zéro-Covid » s’est également accompagnée d’un plan de soutien massif à l’économie afin de faire de la reprise de la consommation une priorité. Si cela entraine actuellement un net rebond de l’épidémie face à un système de soins en grande difficulté, les indices locaux (Hang Seng à +35% depuis le creux de novembre) ont très clairement profité des perspectives de moyen terme désormais plus favorables.

Les difficultés sanitaires chinoises ont d’abord pesé sur les prix des matières premières, à l’image du pétrole (-5% pour le Brent à 84 $/baril), mais celles-ci amorcent déjà un rebond à mesure que les investisseurs intègrent les effets positifs de la reprise économique en Chine d’ici quelques mois. De son côté, le cours du gaz s’est effondré, s’enfonçant à des niveaux qui n’avaient plus été atteints depuis le début de la guerre en Ukraine (sous 80 €/MWh) dans le sillage de la bonne tenue des approvisionnements en GNL et de conditions météorologiques particulièrement clémentes.

Achevé de rédiger le 18 janvier 2023