Point Macro-économique avec François Duhen

L’inflation galopante a continué d’être au cœur de toutes les inquiétudes au mois d’avril, avec des répercussions de plus en plus notables pour les ménages et les entreprises. Les banques centrales ont ainsi durci leur ton en faveur d’un resserrement monétaire encore un cran plus rapide, conduisant à une remontée additionnelle des taux souverains américains et européens, tandis que les indices actions sont restés pénalisés.

Plus de deux mois après son éclatement, le conflit ukrainien semble s’enliser, alimentant les pressions inflationnistes, lesquelles sont aussi renforcées par les sanctions prises à l’encontre de la Russie, avec un sixième volet proposé par Bruxelles début mai, incluant notamment un embargo sur le pétrole russe d’ici la fin de l’année. Les chiffres d’inflation commencent ainsi à refléter la propagation de celle-ci, militant pour un retrait plus rapide des banques centrales, y compris de la BCE. Plusieurs membres de l’institution ont ainsi abondé en ce sens, certains mentionnant la possibilité d’une hausse des taux directeurs dès juillet, ce qui a porté un cran plus haut les taux souverains européens (sur les échéances à 10 ans : se traduisant par la remontée des taux souverains européens (+48 pb en France et +32 pb en Allemagne). Entre ce volontarisme accru des banquiers centraux dans leur lutte contre l’inflation, la poursuite du conflit en Ukraine, et une situation sanitaire encore difficile en Chine, les indices actions européens ont sensiblement corrigé fin avril (environ -4% en trois séances), un mouvement qui s’explique par les pressions sur les valorisations, alors que les prévisions de résultats du consensus sont restées révisées à la hausse. Ce regain d’aversion au risque s’est aussi reflété dans un net écartement de l’iTraxx Crossover (+90 pb) ainsi que par la dépréciation marquée de l’euro, en particulier face au dollar (-5%), en dépit du regain de visibilité politique suite à la réélection d’Emmanuel Macron en France.

Les Etats-Unis n’ont pas été épargnés par ces éléments, conduisant la Fed à se montrer plus agressive dans sa volonté d’accélérer son resserrement monétaire, un mouvement entamé le 4 mai avec une hausse de ses taux directeurs de +50 pb (à 0,75% - 1,0%) et l’annonce d’un démarrage de la réduction de la taille de son bilan dès le 1er juin. La communication des divers membres au cours du mois d’avril ayant préparé à ce mouvement, le taux souverain américain à 10 ans a progressé en anticipation, de +57 pb sur le mois, retrouvant le seuil de 3% pour la première fois depuis fin 2018. Dans ce contexte, les marchés d’actions américains ont eu tendance à corriger encore davantage que leurs pairs européens (quasiment -11% pour le S&P 500), aussi en lien avec la forte composante des entreprises technologiques dans ces indices.

La situation sanitaire en Chine continue d’inquiéter, compte tenu du prolongement du confinement à Shanghai et des craintes d’extension de ces mesures à plusieurs villes, dont Pékin. Les indicateurs économiques ont commencé à mieux refléter l’impact de ces mesures sur l’activité, à l’instar des indices PMI publiés pour le mois d’avril, à un point bas depuis début 2020. Pour autant, la volonté de Pékin de soutenir l’activité reste entière en amont du Congrès du Parti communiste cet automne.

Après deux mois de forte volatilité résultant du conflit ukrainien, le Brent s’est stabilisé autour de 110 $/baril en avril, d’un côté soutenu par les craintes sur l’offre et une stratégie inchangée de remontée très graduelle de la production de l’OPEP+, et d’un autre côté pénalisé par les inquiétudes quant à la dynamique de la demande, notamment en Chine. L’or continue pour sa part de se montrer résistant à la remontée des taux réels (i.e. hors anticipations d’inflation), n’ayant abandonné que moins de 2% sur le mois.

Achevé de rédiger le 4 mai 2022