Point Macro-économique avec François Duhen

Ces dernières semaines ont été marquées par un certain regain de prudence sur les marchés financiers, alimenté par la propagation du variant « Delta » de la Covid-19, les anticipations de resserrement monétaire de la Fed et les craintes concernant la dynamique économique chinoise. Celles-ci ont notamment été exacerbées par la détérioration de la situation sanitaire mais aussi par le durcissement réglementaire initié par le gouvernement chinois contre le secteur privé. Si les marchés d'actions chinois ont lourdement chuté depuis le début du mois de juillet, les indices européens et américains ont mieux résisté, ne marquant le pas qu'à la fin du mois d'août. Après un point bas touché début août, les principaux taux souverains ont quant à eux retrouvé une dynamique haussière soutenue par des banques centrales qui commencent à réduire progressivement leur soutien.

En Europe, la propagation du variant Delta continue d'inquiéter mais la ré-accélération des campagnes de vaccination contribue à limiter le risque de saturation des hôpitaux. Les mesures sanitaires les plus fortes ont ainsi été évitées, permettant de préserver la reprise économique qui se poursuit à un bon rythme. Selon la dernière note de conjoncture de l'Insee, l'économie française ne serait d'ailleurs plus qu'à 1% de son niveau d'avant-crise, bien que le secteur industriel continue d'être pénalisé par des difficultés d'approvisionnement qui entretiennent les pressions inflationnistes. Lors de sa réunion début septembre, la BCE a donc relevé ses prévisions de croissance et d'inflation et annoncé une réduction « modérée » de ses achats d'actifs. C. Lagarde a néanmoins insisté pour écarter toute idée de tapering (réduction jusqu'à zéro des achats), ce qui a rassuré les investisseurs et permis aux marchés d'actions de conserver l'essentiel de leurs gains enregistrés ces derniers mois. Les enjeux politiques reviennent par ailleurs sur le devant de la scène à l'approche des élections allemandes en fin de mois. Le recul marqué de la CDU dans les sondages au profit du parti de centre gauche SPD laisse présager de négociations difficiles pour former un gouvernement de coalition, sans réel impact sur le cours de l'euro à ce stade (stable à 1,18).

Aux Etats-Unis, la situation sanitaire s'est dégradée avec un nombre de contaminations et d'hospitalisations qui ont crû en particulier dans les zones où le taux de vaccination était faible. En dépit de la légère amélioration des indicateurs ces derniers jours, le risque épidémique reste une menace pour le rebond de l'activité, d'autant plus que le soutien attendu de la relance budgétaire tarde à être validé. Les élus démocrates ont certes trouvé un accord pour lancer les discussions sur le plan de relance de 3500 MM$ en échange de l'engagement que le vote du volet de 1000 MM$ dans les infrastructures intervienne d'ici le 27 septembre. Néanmoins, l'opposition de l'aile centriste du parti reste forte, aussi bien sur les montants que sur les moyens de financement. Si les chiffres de l'emploi décevants publiés début septembre pourraient inciter les démocrates à trouver un compromis, rappelons tout de même que l'économie américaine reste globalement bien orientée. Cette dynamique est d'ailleurs suivie de près par la Fed dans l'optique de son resserrement monétaire. Ces dernières semaines, les prises de parole de membres de la Fed se sont multipliées pour préparer les marchés financiers au début prochain du tapering dont le timing reste cependant encore incertain. Ceci n'a guère empêché les indices actions américains de poursuivre leur progression, portés notamment par une saison de résultats de bonne facture.

Entre la dégradation de la situation sanitaire, la confirmation du ralentissement de la croissance et la série de réglementations introduites par le gouvernement dans différents secteurs, l'été a été agité en Chine. En effet, la propagation du variant « Delta » a enclenché la mise en place de restrictions sanitaires drastiques pénalisantes pour la croissance. L'impact s'est reflété dans les statistiques économiques du mois d'août et la chute des marchés d'actions chinois, d'autant plus que le gouvernement a entrepris de durcir la régulation du secteur dans le but de réduire les inégalités et réaffirmer le contrôle du parti communiste sur le pays. Mentionnons par ailleurs que le ralentissement du crédit a conduit la banque centrale à changer sa politique monétaire pour soutenir la croissance.

Du côté des matières premières, le cours du pétrole s'est très légèrement replié avec la dégradation de la situation sanitaire et alors que l'OPEP+ a confirmé que sa production serait augmentée de +0,4 Mb/j tous les mois. Si le cuivre a également été impacté par cette recrudescence de cas de covid-19, l'aluminium a mieux résisté, porté notamment par les réglementations visant à réduire la consommation d'électricité en Chine dans le cadre des mesures environnementales.

Achevé de rédiger le 14 septembre 2021