Point Macro-économique avec François Duhen

Les mois de mars et avril ont été marqués par l'anticipation d'un rebond économique rapide et une accélération de l'inflation, en lien avec les avancées sur le plan de relance américain, la montée en puissance de la vaccination (notamment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni) et la perspective d'une réouverture durable des économies. Si ces éléments ont contribué à alimenter l'optimisme sur les marchés financiers, portant ainsi les marchés d'actions et les taux souverains un cran plus haut, la détérioration récente de la situation sanitaire liée à la progression des variants de la Covid-19 reste un sujet de préoccupation, d'autant plus que de nouvelles incertitudes sur l'efficacité des vaccins Astrazeneca et Johnson & Johnson ressurgissent. Ceci incite les banquiers centraux à rester prudents, comme en témoignent leurs nombreuses prises de paroles ces dernières semaines pour réitérer leur volonté de regarder au travers du pic temporaire d'inflation attendu dans les mois à venir et de rester en soutien de l'activité aussi longtemps que nécessaire.

En Europe, la situation sanitaire reste particulièrement inquiétante avec une recrudescence du nombre de contaminations et des mesures de restrictions qui peinent encore à freiner la propagation du virus. Par ailleurs, la campagne de vaccination européenne accuse toujours un retard important, accentué par les doutes entourant la sécurité de ces deux vaccins après plusieurs cas de thrombose. Dans ce contexte, le soutien des gouvernants reste plus que jamais indispensable pour éviter un décrochage économique de la zone euro, ce que la BCE a rappelé lors de sa réunion du mois de mars en annonçant une augmentation significative du rythme de ses achats d'actifs. Alors que l'objectif de l'institution reste de maintenir des conditions de financement très favorables, son discours accommodant a largement contribué à ralentir la tendance haussière des principaux taux souverains, y compris ceux des pays périphériques de la zone euro. Mentionnons d'ailleurs que l'Italie a annoncé début avril un nouveau plan de relance de 40 MM€ pour sortir de la crise. La confiance reste donc de mise chez les investisseurs, ce qui se reflète également dans la progression additionnelle des marchés d'actions, le Stoxx Europe 600 ayant même dépassé désormais ses niveaux d'avant crise.

La remontée des taux souverains a été plus marquée aux Etats-Unis (+20 pb pour le taux souverain américain à 10 ans depuis début mars), alors que J.Biden a doublé son objectif de vaccination et qu'un premier plan de relance américain a été voté en mars. La présentation d'une enveloppe additionnelle de 2250 MM$ consacrée aux infrastructures et des statistiques économiques encourageantes entretiennent également l'idée d'un rebond économique rapide, ce qui contribue à porter le S&P 500 (+6% depuis début mars). De plus, la hausse de l'inflation américaine reste globalement contenue, à l'image de l'indice CPI de mars, permettant ainsi de dégonfler les attentes d'une partie des investisseurs qui tablaient sur une sortie précipitée de la Fed. J. Powell continue d'ailleurs d'affirmer que l'institution restera en soutien de l'économie tant que le retour au plein emploi ne sera pas assuré (y compris dans les différentes catégories de population). La situation sanitaire reste par ailleurs à surveiller, le pays enregistrant un accroissement des contaminations avec l'arrivée des variants.

Après un début d'année relativement difficile, les pays asiatiques ont progressivement repris le contrôle sur la circulation du virus, bien que l'état d'urgence soit maintenu dans plusieurs régions au Japon et que la situation en Asie du Sud se détériore. La reprise économique se confirme, à l'image des dernières statistiques économiques favorables. Notons toutefois que les indices actions chinois ont été freinés ces dernières semaines d'abord par les craintes liées à un resserrement monétaire de la banque centrale chinoise mais aussi au durcissement de la réglementation contre les groupes technologiques après la condamnation d'Alibaba. Les tensions persistent par ailleurs entre la Chine et ses principaux partenaires (Etats-Unis et Europe) au sujet d'enjeux commerciaux et de droits de l'Homme.

Enfin, du côté des matières premières, le cours du Brent continue d'évoluer autour de 65 $/b, pris en étau entre rebond progressif de la demande de pétrole et allègement des coupes de production de l'OPEP+ décidé au cours du sommet du 1er avril dernier. Le cours de l'or quant à lui s'est légèrement replié sur la période, pénalisé par l'appréciation du dollar face aux principales devises.

Achevé de rédiger le 13 avril 2021